Vincent Kesteloot, réalisateur de film 3D belge, nous parle de son métier de réalisateur de film 3D au travers de sa production belge du film animé de Robinson Crusoé. Découvrez son interview en exclusivité pour Mademoiselle Ergo.

«MADEMOISELLE ERGO» – Pouvez-vous nous décrire votre métier?

Vincent Kesteloot – Sur le film Robinson Crusoé, sortie en 2016, j’occupais plusieurs responsabilités :

Réalisateur du film, codirecteur artistique, superviseur de la mise en scène, monteur.

Concrètement cela correspond à diriger la mise en image du scénario : l’intention de la mise en scène, l’emplacement de la caméra et donc le point de vue sur l’histoire, le découpage de la séquence en plans et leurs durées, déterminer l’esthétique des personnages, des décors, des textures, de la lumière.

Le producteur choisit le scénario, le public cible, il gère aussi les dialogues et la musique.

Quels cursus faut-il suivre pour devenir réalisateur de film?

J’ai suivi un parcours scolaire atypique mais qui restait dans des domaines visuels. Pour travailler dans l’animation de films en images de synthèse, le plus logique est de suivre une formation dans les écoles spécialisées (par exemple Supinfocom, Esma, Gobelins pour la France.)

Par contre, cette formation ne garantit pas la possibilité de réaliser un long métrage; des centaines d’élèves sortent chaque année des écoles en Europe, alors qu’il n’y a que quelques films d’animations européens par an.

Finalement le seul élément déterminant pour devenir réalisateur étant de rencontrer un producteur qui est persuadé que vous êtes la personne pour mener à bien son projet.

Pouvez-vous nous parler de vos dernières réalisations?

J’ai supervisé la mise en scène de Sammy 1, puis j’ai coréalisé Sammy 2 en 2012, ensuite, j’ai directement enchaîné avec la réalisation de Robinson Crusoé 2016

Vous avez réalisé des films 3D, est-ce quelque chose de plus compliqué que les autres films?

Séparément chaque principe qui permet la création d’un film en 3D est techniquement très simple et connu de tous les studios.

Quelques exemples d’inconvénients ou limitations pour la création d’un vrai film en relief :

  • Il y a un surcoût à calculer le film pour chaque œil (temps de calcul, espace de stockage, augmentation du nombre d’erreurs possibles et du temps de vérification…)

  • Les mouvements de caméras saccadent beaucoup plus vite, particulièrement dans les panoramiques

  • Un fort contraste occasionne de la rémanence

  • L’utilisation des matte paintings (décor peint en trompe l’œil pour les arrières plans ) est beaucoup plus complexes, lorsqu’elle n’est pas totalement impossible.

Mais la vrai difficulté étant d’intégrer les conséquences de ces principes dans la mise en scène. La plupart des réalisateurs et des producteurs ne cherchent pas à modifier leurs langages ou privilégient tellement la vision 2D que la version 3D doit être si légère qu’elle n’apporte pas d’expérience différente. Le public a d’ailleurs compris que le surcoût des tickets et l’inconfort des lunettes étaient dans 99% des cas injustifiés. La conséquence de cette pratique étant que la majorité du public ne veut plus du relief.

Le relief devrait être une approche de narration parmi d’autre, rarement utilisée. Malheureusement le plus souvent, cela devient une étrange norme injustifiée et mal appliquée.

Comment se passe une journée ou semaine type avec vous?

Sur le film Robinson Crusoé, la journée est consacrée à résoudre les problèmes, désamorcer les conflits humains, donner des instructions aux équipes, assister aux réunions, expliquer par mails ou en réunions la direction à prendre.

Entre les réunions, j’actualise personnellement le montage du film, ce qui me permet d’avoir un regard global sur l’évolution de la narration ou l’unité graphique.

Pendant la production et en journée, il n’y a pas beaucoup d’espace pour la réflexion, il faut trancher rapidement. Mes décisions sont nourries par la phase préparatoire du projet ou durant mon temps libre.

Que représente pour vous le cinéma?

Dans le meilleur cas, le cinéma permet de concilier les extrêmes; à la fois quitter son quotidien et mieux comprendre le monde, ressentir une expérience personnelle et partager une culture commune. C’est un moyen simple de faire parvenir jusqu’à nous un fragment de vie pour le découvrir ou retrouver des émotions. Un mélange unique de sensations brutes, d’émotions intimes et de réflexions.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui souhaitent se lancer dans le cinéma?

Je donnerais les conseils suivant:

  • Élargir ses recherches à d’autres formes artistiques (Observer les compositions des peintres anciens, des photographes, de la bande dessinée… ). Pratiquer un minimum la photo et le dessin.

  • Voir beaucoup de films différents et pas seulement des chef d’œuvres. Les films ratés sont aussi riches d’enseignements.

  • Comparer quelques films ou séquences avec la même thématique pour facilement analyser les approches différentes d’une mise en scène.

  • Regarder des séquences images par images pour analyser le montage et l’animation.

  • Rencontrer d’autres personnes qui partagent cette passion et travaillent dans ce métier

  • Beaucoup pratiquer à l’école ou dans son temps libre pour apprendre de ses erreurs.

  • Prendre du recul, apprendre à travailler en équipe, écouter les autres, être humble, faire un film pour le public; pas seulement pour son ego.